Économie de la fonctionnalité et de la coopération : création de valeur durable
- ressource
Depuis plusieurs années, les acteurs et actrices engagés dans l’Économie de la fonctionnalité et de la coopération (EFC), pilier de l'économie circulaire, défendent une conviction simple : dans un monde contraint par les limites planétaires, la pérennité économique ne peut plus reposer sur la seule croissance des volumes vendus. Avec son dernier livre blanc publié en juin 2026, « Économie de la fonctionnalité et de la coopération : la création de valeur durable », la Convention des Entreprises pour le Climat (CEC) apporte une nouvelle démonstration de cette intuition en mettant en lumière 12 entreprises ayant engagé une transformation de leur modèle économique.
Au-delà d'un simple recueil de bonnes pratiques, ce document montre que l'EFC n'est plus un sujet réservé à quelques pionniers et pionnières. Elle devient progressivement un véritable cadre stratégique pour répondre simultanément aux enjeux de compétitivité, de résilience et de transition écologique.
Un constat désormais difficile à ignorer
Le livre blanc s'ouvre sur un diagnostic désormais bien connu mais dont les conséquences deviennent de plus en plus tangibles pour les entreprises : dérèglement climatique, raréfaction des ressources, tensions géopolitiques, fragilité des chaînes d'approvisionnement, perte de biodiversité et dépassement des limites planétaires.
Après le constat, se pose une question fondamentale : comment créer de la valeur économique dans un monde qui ne pourra plus soutenir une croissance illimitée des flux de matières et d'énergie ?
C'est précisément là que l'EFC apparaît comme une réponse structurante. Là où le modèle traditionnel cherche à vendre davantage de biens, l'EFC cherche à maximiser la valeur d'usage rendue au client tout en minimisant les consommations de ressources. Autrement dit, il ne s'agit plus de vendre un produit mais de répondre durablement à un besoin.
Cette nuance est loin d'être anodine. Elle bouleverse les indicateurs de réussite, la conception de l'offre, la relation client, les compétences internes et même la façon dont les entreprises coopèrent avec leur territoire.
Une évolution majeure : l'EFC comme trajectoire de régénération
Ce livre blanc de la CEC positionne clairement l'EFC comme un levier de transition vers les modèles régénératifs.
Contrairement à certaines approches purement environnementales centrées sur la réduction des impacts négatifs, l'EFC invite à poser une question plus profonde : à quoi sert réellement l'entreprise et quelle valeur apporte-t-elle aux parties prenantes de son territoire ?
Cette évolution se retrouve dans la plupart des cas présentés avec des entreprises qui :
- cherchent à allonger la durée de vie des équipements ;
- développent des offres de location, d'abonnement ou de performance ;
- investissent dans le réemploi et le reconditionnement ;
- renforcent leurs coopérations locales ;
- réinterrogent la finalité même de leur activité.
On retrouve ici l'un des fondamentaux de l'EFC : la création de valeur ne repose plus principalement sur l'extraction de ressources mais sur l'intelligence de l'usage, la qualité du service et la coopération.
Ce que nous montrent les 12 cas étudiés
1. Toutes les filières peuvent s'engager
Ce document nous donne à voir une diversité d’organisations (concessionnaire d'engins de chantier, fabricant de machines industrielles, distributeurs, EHPAD, fabricant de signalétique, fabricant d’équipement et de vêtements de sport, fabricant de mobilier urbain, acteur du traitement de l’eau ou de la mobilité industrielle…).
Cette diversité démontre que l'EFC n'est pas un modèle réservé à quelques secteurs de niche. Dès lors qu'il existe un besoin à satisfaire, il existe un potentiel de transformation vers l'usage.
2. Les entreprises les plus avancées acceptent de sortir de la logique volumique
Les entreprises qui progressent réellement dans leur démarche EFC acceptent de remettre en question leur dépendance aux volumes.
- Actemis cherche à réduire le nombre de machines nécessaires sur les chantiers.
- Naturavélo veut faire passer la réparation, la location et le reconditionnement devant la vente de vélos neufs.
- Odyssée Environnement veut vendre les économies d'eau réalisées et non davantage de produits chimiques.
- Urbanéo construit sa rentabilité sur la maintenance et la prolongation de la durée de vie du mobilier urbain.
Ces exemples montrent que la croissance du chiffre d'affaires n'est plus systématiquement corrélée à la vente de davantage de biens matériels.
3. La coopération devient un facteur de performance
Autre enseignement majeur : la coopération n'est pas présentée comme un supplément d'âme mais comme une condition de réussite.
Presque tous les cas mettent en évidence des partenariats locaux, des démarches de co-construction avec les clients, des coopérations avec des collectivités ou l'implication d'associations, d'écoles, de centres de formation ou d'acteurs de l'économie circulaire.
C'est probablement l'une des dimensions les plus transformantes de l'EFC : la création de valeur devient collective.
Une dynamique qui gagne en maturité
Selon l'analyse réalisée par la CEC sur plus de 1 000 feuilles de route d'entreprises, la présence de concepts liés à l'EFC dans les stratégies de transformation augmente fortement au fil des promotions. On passe de 3 % dans les premiers parcours à 15 % dans les plus récents.
Autrement dit, plus les dirigeants et dirigeantes approfondissent leur réflexion sur les limites planétaires et sur les enjeux de robustesse économique, plus ils convergent vers des logiques proches de l'EFC.
Ce résultat n'est pas un hasard car l'EFC apporte une réponse particulièrement pertinente à plusieurs défis simultanés :
- sécurisation des approvisionnements ;
- fidélisation des clients ;
- réduction des risques liés aux matières premières ;
- amélioration de la qualité du travail ;
- différenciation concurrentielle ;
- réduction des impacts environnementaux.
L'EFC sort du cercle des convaincus
L’EFC est en train de devenir un vrai sujet de débat économique et politique national.
En mai 2026, le sénateur Grégory Blanc a coordonné un rapport intitulé « Économie de la fonctionnalité : états des lieux d'un modèle conciliant croissance et transition écologique ». Ce rapport formule seize recommandations pour accélérer le déploiement de l'EFC autour de quatre axes : sécurisation juridique des modèles, mobilisation de la commande publique, accès au financement et évolution des règles comptables.
Le signal est important : l'EFC n'est plus seulement un sujet d'innovation entrepreneuriale, elle devient progressivement un sujet de politique économique.
Dans le même esprit, les échanges organisés à l'Assemblée nationale à l'occasion du colloque consacré à l'EFC, porté notamment par le C3D, ont réuni industriels, banquiers, experts, élus et représentants d'institutions autour d'une même conviction : les cadres réglementaires et financiers doivent désormais mieux accompagner les modèles fondés sur l'usage, la durabilité et la performance plutôt que sur le renouvellement permanent des biens.
Une conviction qui s'impose progressivement
Pendant longtemps, l'EFC a été perçue comme une approche innovante parmi d'autres. Aujourd'hui, face à la montée des risques climatiques, énergétiques, géopolitiques et financiers, elle apparaît de plus en plus comme une réponse crédible aux enjeux de robustesse des entreprises.
Ce que montrent les douze exemples présentés dans ce livre blanc, c'est que l'EFC n'est pas une théorie. Elle est déjà à l'œuvre dans des secteurs variés, avec des dirigeants qui expérimentent, ajustent et transforment progressivement leur modèle économique.
L'enjeu n'est probablement plus de démontrer que l'EFC fonctionne. L'enjeu est désormais de lui permettre de changer d'échelle.
Et les signaux récents – mobilisation croissante des entreprises, reconnaissance institutionnelle, rapport sénatorial, débats à l'Assemblée nationale, implication d'acteurs économiques majeurs – montrent que le sujet n'appartient plus à quelques pionniers et pionnières. Il devient une question centrale pour celles et ceux qui réfléchissent à l'avenir des entreprises dans un monde contraint par les limites planétaires.
Identification du document
- Auteur : Convention des Entreprises pour le Climat (CEC)
- Date de publication : juin 2026
- Taille du document : 42 p.
- Échelle géographique : Nationale


