Mieux trier, mieux gérer et maîtriser les coûts : la boussole du Pays de Mormal

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  • Mise à jour le June 3, 2026
  • Création le March 2, 2026

La Communauté de communes du Pays de Mormal a initié en 2020 un important chantier concernant la gestion de ses déchets. Respectivement élu et chargée de mission de la collectivité, François Erlem et Camille Labard reviennent sur le chemin parcouru, de l’ambition à l’action.

Extension des consignes de tri, modification du schéma de collecte, déploiement de la tarification incitative, promotion du compostage ou encore du réemploi… les « sujets déchets » portés par la Communauté de communes du Pays de Mormal (CCPM) sont nombreux. Ces dernières années, c’est une refonte en profondeur du Service public de gestion des déchets (SPGD) qui s’est opérée sur ce territoire.

François Erlem, vice-président en charge de la gestion des déchets, de l’écologie urbaine et des écocomportements en Pays de Mormal, fait partie des élu·es qui ont porté un projet ambitieux concernant les déchets sur le territoire. Il se résume ainsi : mieux trier, mieux gérer et maîtriser les coûts. « Sur un petit territoire comme le nôtre, le budget consacré aux déchets est conséquent (5,84 millions d’euros en 2022), explique l’élu. Pour alléger les coûts, nous devions réduire les quantités et repenser l’organisation de la collecte. »

Dans ce contexte, le conseil communautaire acte, en 2023, l’élaboration d’un Plan local de prévention des déchets ménagers et assimilés (PLPDMA) pour formaliser son objectif de réduction des déchets sur les six années à venir. La rédaction et l’animation de ce document sont confiées à Camille Labard, chargée de mission PLPDMA et prévention des déchets.

« Dans un premier temps, nous avons analysé les données existantes, comme les tonnages collectés, indique Camille Labard. Ce travail a montré, par exemple, que les principaux gisements en déchetterie sont les déchets verts, les gravats et les encombrants. Concernant les déchets verts, nous avons pu agir rapidement et renforcer la communication autour des actions existantes comme la vente de composteurs à prix attractif, l’adoption de poules ou encore l’aide à l’achat d’un kit mulching. »

Le temps du diagnostic…

Pour compléter ces données, une première campagne de caractérisation des Ordures ménagères résiduelles (OMR) est réalisée en septembre 2023. Le principe : les poubelles grises des 20 000 foyers du territoire sont étudiées pour déterminer leur composition. Le constat est sans appel : la majorité des déchets n’y ont pas leur place, puisqu’on trouve notamment 30% de déchets compostables (organiques, papier, carton…), 25% d’emballages et 7% de gaspillage alimentaire. Autant de tonnages envoyés à l’incinération alors qu’une valorisation matière est possible.

Toutes ces informations nourrissent la rédaction des 16 actions du PLPDMA, adopté fin 2024. Parmi celles-ci, citons par exemple :

  • la sensibilisation au gaspillage alimentaire ;
  • le développement du compostage (à domicile ou partagé) ;
  • la promotion du réemploi (organisation de donneries, de repair café, etc.) ;
  • la sensibilisation des publics scolaires.

On retrouve également dans le PLPDMA des actions déjà initiées par la Communauté de communes du Pays de Mormal (CCPM), comme la collecte du verre en Point d’apport volontaire (PAV). Les bacs des particuliers qui permettaient de relever conjointement le verre et les emballages en porte-à-porte ont été décloisonnés et utilisés uniquement pour ces derniers. L’espace gagné a permis de passer à l’extension des consignes de tri sur le territoire et de diminuer la fréquence de collecte (un passage tous les 15 jours). « Ce changement, parfois perçu comme un recul, a pourtant permis de réaliser d’importantes économies », nous précise François Erlem.

L’élu poursuit sur une seconde action structurante : « Pour la tarification incitative, nous nous sommes inspirés d’autres territoires ayant mis en place ce dispositif, afin de bénéficier de leur retour d’expérience. Notre choix s’est porté sur une répartition à 70% en part fixe et 30% en part variable, afin de donner aux usagers un levier d’action sur leur taxe. La part fixe comprend 12 levées plancher, dont une par mois, pour éviter les dépôts sauvages. Il nous semblait important d’être transparents et de ne pas laisser croire que l’absence de déchets entraînerait une absence totale de facturation. »

Cette nouvelle organisation de la collecte est déployée début 2024 et porte rapidement ses fruits.

… puis de l’évaluation

En septembre 2024, une seconde campagne de caractérisation est réalisée : elle met en évidence une baisse de 25% des OMR entre 2023 et 2024 (-74 kg/hab). Celle-ci s’explique en partie par un meilleur tri des emballages, y compris en verre (-34,6 kg/hab) et une diminution des déchets putrescibles (-7 kg/hab).

La nouvelle organisation de la collecte a également permis de faire 700 000 euros d'économie en 2024. Pour François Erlem, il s'agit d'une réussite, même s’il rappelle la difficulté de porter ce type de projets : « Cela bouscule les habitudes des usagers et certaines décisions sont peu populaires. Il faut les assumer et en faire la pédagogie. Dans le cas présent, l’État impose une taxe supplémentaire aux syndicats de traitement qui se répercute sur les collectivités. Certains territoires augmentent la fiscalité ; de notre côté nous avons pu l’éviter. »

Des initiatives d’économie circulaire inspirantes

De manière générale, la CCPM fait la part belle à la prévention. Des ateliers sont proposés autour des alternatives de consommation : fabrication de produits ménagers pour limiter les emballages, cuisine zéro déchet… « Nous profitons de ces ateliers pour informer sur le gaspillage alimentaire, les produits alimentaires “non consommés” représentant encore 7% de notre poubelle », précise Camille Labard.

Ces événements permettent aussi de faire connaître les bennes de réemploi disponibles sur les sites de tri et gérées par le Maillon C2RI. Cette structure d’insertion sociale, déjà présente sur le territoire de la CCPM à travers ses ressourceries, a renforcé son implantation en installant son nouvel atelier au sein d’une friche commerciale de la collectivité. Un projet qui s’inscrit dans la démarche de sobriété foncière de l’intercommunalité.

Autre temps fort de la prévention, les donneries. La chargée de mission nous explique : « Nous organisons des événements qui permettent de valoriser l’idée de partage, de sensibiliser les usagers et d’éviter que des objets encore utilisables soient jetés en déchetterie. La collecte se fait sur une semaine, dans une commune du territoire. On y récupère souvent des jouets, des vêtements ou d'autres objets en bon état, parfois à réparer. La donnerie a lieu en général le samedi, souvent en lien avec un événement local. Nous faisons intervenir des acteurs du réemploi comme, par exemple, des artistes travaillant avec des matériaux de récupération ou des couturières transformant des vêtements de seconde main. »

Sur le volet réparation, François Erlem complète : « Nous avons aussi lancé des repair cafés, principalement orientés vers le numérique. C’est l’occasion de créer des partenariats, comme avec le centre social et culturel de Landrecies. Un samedi par mois, des bénévoles débrouillards et talentueux animent ces ateliers : cela renforce le lien social tout en ayant un impact positif sur l’environnement. »

La multitude d’actions mises en œuvre en Pays de Mormal autour des déchets montre que les leviers sont multiples et efficaces pour la réduction des coûts et des quantités collectées ! Elles sont en outre l’occasion de coopérer avec de nombreux·ses acteurs et actrices du territoire, et d’impliquer les habitant·es.

« Face à l’urgence climatique, il faut agir vite et efficacement. Mais cela implique de profonds changements, vécus parfois comme une véritable révolution par les usagers », François Erlem

Un conseil pour les futur·es élu·es en charge de cette thématique ?

« Foncez !, conseille François Erlem. Travaillez main dans la main avec les techniciens et techniciennes, et emparez-vous de ce sujet riche et formateur. C’est une thématique passionnante : à mon arrivée, je n’y connaissais rien, j’ai énormément appris et je me sens utile chaque jour. C’est aussi un vrai défi pour un élu que de porter un sujet parfois mal compris. » 

Identification du document

  • Auteurs : Odema, Cerdd
  • Date de publication : March 2026
  • Échelle géographique : Régionale

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