Retz-en-Valois, de l'harmonisation de la collecte à la tarification écoresponsable

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  • Mise à jour le June 3, 2026
  • Création le March 2, 2026

Créée en 2017 et issue de la fusion de trois intercommunalités, la Communauté de Communes Retz-en-Valois a initié en 2019 l’harmonisation de son schéma de collecte. Un travail de longue haleine qui a conduit à une refonte profonde du service et de son fi nancement. Yveline Delval, vice-présidente en charge de l’économie circulaire et de l’énergie, et Anaïs Tosello, responsable assainissement collectif et déchets, nous font le récit de ce projet.

Moins 85 kilogrammes d’Ordures ménagères résiduelles (OMR) par habitant·e entre 2021 et 2025. C’est l’indicateur phare pour illustrer la dynamique du service déchets de la Communauté de Communes Retz-en-Valois. Yveline Delval, vice-présidente en charge de l’économie circulaire et de l’énergie, et Anaïs Tosello, responsable assainissement collectif et déchets, rappellent la genèse du projet : « Notre communauté de communes est issue de la fusion de trois intercommunalités. Nous avons donc hérité de trois schémas de collecte différents et autant de marchés à gérer. Le premier objectif était d’uniformiser les pratiques sur l’ensemble du territoire lors du renouvellement du marché en 2022. » 

Une première phase de l'étude

Pour préparer cette échéance, une étude est lancée en 2019 afin de dresser un diagnostic et de présenter différents scénarios envisageables. En 2020, le conseil communautaire nouvellement élu confirme sa volonté de réfomer en profondeur le service déchets. Une nouvelle organisation de la collecte est imaginée dans les mois qui suivent, avec comme objectif de trouver le juste équilibre entre la qualité du service rendu et le coût supporté par la collectivité. La composition du comité de pilotage de l’étude reflète cette ambition puisque celui-ci rassemble notamment les élu·es des commissions déchets et finance. 

Au cours de l’étude, les différents schémas de collecte du territoire ont été un atout pour imaginer la nouvelle organisation. Par exemple, le retour d’expérience de l’ancienne Communauté de communes du Pays de la Vallée de l’Aisne a permis de lever les inquiétudes et de réduire la fréquence des collectes : 

  • des ordures ménagères résiduelles (une fois par semaine, abandon de la collecte deux fois par semaine pour les communes de La Ferté-Milon et Villers-Cotterêts) ;
  • des emballages et papiers (tous les 15 jours) ;
  • du verre (tous les deux mois en porte-à-porte) ;
  • suppression des collectes en porte-à-porte pour les déchets verts et les encombrants (remplacées par un service sur rendez-vous et payant au prix coûtant). 

Le financement du service a également été étudié dans un contexte budgétaire contraint. En effet, l’augmentation générale des coûts et de la TGAP (Taxe générale sur les activités polluantes) se fait particulièrement ressentir pour la Communauté de Communes Retz-en-Valois (CCRV) puisque l’élimination des déchets se fait par enfouissement. Ainsi, le principe d’une tarification incitative est acté avec la volonté que tous·tes les usager·ères contribuent à l’effort. Deux dispositifs sont donc déployés :

  • pour les particuliers : mise en place d’une Taxe d’enlèvement des ordures ménagères incitative (TEOMi), permettant d’introduire une part variable liée au nombre de levées. La grille tarifaire a été conçue de façon à garantir une facture allégée aux foyers respectant la règle des 12 levées par an ;
  • pour les professionnel·les (entreprises, associations et collectivités) : mise en place d’une redevance spéciale. Cette mesure répond à une volonté d’exemplarité : les collectivités locales elles-mêmes, auparavant exemptées, contribuent désormais au même titre que les usager·ères.

La volonté des élu·es est de présenter un projet global aux habitant·es pour repartir sur de bonnes bases. Afin de mutualiser la communication auprès des usager·ères, il est donc décidé d’adosser le calendrier de déploiement de la tarification incitative à celui de l’harmonisation de la collecte et de débuter dès 2022.

Une communication pédagogique

Pour les habitant·es et professionnel·les du territoire, ce projet devient concret en 2022 avec l’uniformisation du schéma de collecte mais aussi le lancement de l’enquête permettant de fournir aux usager·ères un bac pucé d’une contenance adaptée à la taille du foyer ou de la structure. 

Cette distribution a été pensée comme un moment privilégié de rencontre, nous résume Anaïs Tosello : « Ce n’était pas l’usager qui venait au service déchets, mais le service déchets qui venait à lui. Lors de cette rencontre, tous les usages étaient requestionnés : “La taille du bac jaune est-elle adaptée ? Avez-vous votre carte pour l’accès à la déchetterie ? Avez-vous besoin d’un composteur, d’un stop-pub ?” » 

Cette étape, réalisée par les agent·es de la collectivité spécialement formé·es, a constitué la base de la communication auprès des habitant·es pour bien expliquer l’étendue des changements en cours et répondre aux interrogations. Des conférences à destination des maires sont aussi organisées pour qu’ils et elles puissent s’approprier le projet, l’expliciter et le défendre auprès de leurs administré·es avec qui ils et elles ont un fort lien de proximité.Yveline Delval insiste sur l’importance de la communication : « Nous avons multiplié les réunions publiques sur le territoire. Élus et techniciens ont été très proches de l’usager. »

Pour la population, la compréhension des évolutions locales a aussi été rendue plus difficile par le changement simultané de la réglementation nationale. Par exemple, l’extension des consignes de tri a fait augmenter le volume de déchets dans la poubelle jaune tandis que la fréquence de collecte diminuait. 

Pour accompagner ces changements, des articles dans le journal intercommunal et dans la presse locale, ainsi qu’une campagne sur les réseaux sociaux, ont permis de réexpliquer les différentes étapes du projet :

  • en 2023, phase pédagogique, avec un comptage des levées sans facturation, uniquement à titre de simulation ;
  • en 2024, le comptage devient effectif mais le service reste payé via la TEOM ;
  • en 2025, la facturation réelle est introduite avec une part incitative calculée sur les levées de l’année précédente. 

« Dans le domaine des déchets, tout est possible techniquement – multiplier les collectes, ouvrir davantage de déchetteries, proposer de nouveaux services – mais chaque choix entraîne des coûts considérables que les habitants n’accepteraient pas de payer. » Anaïs Tosello

Des résistances et des prises de conscience lors du déploiement

Malgré ces efforts, les mesures mises en place ont parfois été accueillies difficilement par les habitant·es et professionnel·les. 

En 2024, la redevance spéciale est appliquée aux professionnel·les, associations et collectivités. Si, auparavant, le service était peu coûteux, voire gratuit pour elles·eux, leurs factures ont soudainement été plus élevées. Pour certain·es, c’est le déclic ! L’élue précise : « Par exemple, un centre d’accompagnement pour personnes handicapées qui générait jusqu’à 35 bacs de 660 litres par semaine a réduit progressivement ce volume grâce à l’accompagnement personnalisé d’un agent dédié. » À l’inverse, certaines structures, plus réfractaires au changement, ont préféré s’accommoder de cette nouvelle charge financière, preuve que l’évolution des comportements nécessite un suivi sur le long terme. 

Lorsque la TEOMi est devenue effective, certain·es usager·ères ont découvert une facture alourdie à la réception de leur taxe foncière. Celle-ci est le plus souvent liée à un grand nombre de levées ou à l’utilisation d’un bac trop volumineux. Les équipes de la Communauté de Communes se retrouvent en première ligne, répondant quotidiennement aux appels, parfois tendus, et gérant une multitude de cas particuliers. Ce contact direct a néanmoins permis d’apaiser les incompréhensions.

Baisse des tonnages et stabilisation des coûts

Un tel projet de réorganisation est un challenge qui a mis à l’épreuve les équipes de la communauté de communes. Malgré tout, l’ensemble de ces mesures a eu les effets escomptés. Alors que la production d’OMR oscillait entre 249 et 252 kg/hab/an entre 2017 et 2021, elle est passée à 215 kg/hab dès 2022 et s’est finalement stabilisée autour de 166 kg/hab en 2025, preuve que le dispositif a su trouver sa place.

Nos interlocutrices nous précisent que la diminution des OMR s’explique aussi par le travail mené sur les biodéchets. Début 2024, la législation impose une généralisation du tri à la source. La CCRV choisit alors de promouvoir le compostage domestique. Une solution de bon sens pour ce territoire majoritairement rural. À date, plus de 1 000 composteurs ont été distribués, ce qui représente environ un foyer sur dix, sans compter les habitant·es qui compostaient déjà de manière autonome. 

Sur le plan financier, même si le coût global de gestion des déchets reste élevé (4,39 millions d’euros en 2024), la mise en place de la tarification incitative et de la redevance spéciale a permis de stabiliser les coûts. Par ailleurs, l’optimisation du service a permis de couvrir le recrutement d’une agente supplémentaire pour assurer le suivi des levées et les facturations associées. Yveline Delval conclut : « Nous avons demandé beaucoup d’efforts aux usagers, mais eux aussi voient les résultats : en 2025, nous avons ainsi pu baisser le taux de TEOMi, qui est passé de 13% à 9,3%. »

Un conseil pour les futurs élu·es en charge de cette thématique ? 

Yveline Delval : « En tant qu’ancienne ingénieure, j’ai abordé la gestion des déchets comme un projet industriel : fixer des objectifs clairs et viser l’amélioration continue en s’inspirant de ceux qui innovent. »

Identification du document

  • Auteurs : Odema, Cerdd
  • Date de publication : March 2026
  • Échelle géographique : Régionale

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